08.02.2009
L'Abbé
Hier, soirée avec l'Abbé.
L'Abbé aime faire du vélo. Tous les jours, à vélo, il passe devant un restaurant américain avec une enseigne américaine et un drapeau américain. Alors l'Abbé tous les jours, il a envie d'un Cheeseburger et d'une Bud. L'endroit est étrange. Lorsque nous entrons, une femme sans âge (pas jeune, donc) nous accueille et nous demande si nous venons voir le spectacle. Non, m'dam. Nous on vient manger des Cheeseburger et boire de la Bud. Elle semble un peu navrée. Sur les becs verseurs de bière, c'est Coors la marque qui est affichée.

Coors. 20 ans auparavant avec l'Abbé (et puis avec Groséric aussi mais Groséric je n’en parlerai pas là), on parcourait les Etats-Unis et dans les voitures que l'on convoyait, on buvait de la Coors et on mangeait des Sausalito Pepperidge Farm. L'Abbé mangeait beaucoup de Cinamon Rools, sous vide, aussi. Je me demande encore comment il pouvait prendre plaisir à cela. L'Abbé m'a montré l'itinéraire gravé sur une carte routière avec une croix sur chaque stop. Et une date. Le 10 septembre 1989, étape au Texas. In the middle of nowhere. Une bougie plantée sur son T-Bone steack. Les serveurs (des Texans baraqués avec Stetson et Boots), étaient devenu chanteurs. Happy Birthday l'Abbé. On avait bu de la Lone Star ce soir là, l’enseigne du grill.
Pas de Coors sous pression ici. Faut pas croire ce qui est écrit. Les pressions c'est Amstel et Heineken. Fuck. Bud, alors. En bouteille. Je commande un Bagel-Pickelfleish. Mais pas plus de Pickelfleish que de Coors. Ce sera donc Bagel-Pastrami. Le pain est sans âge, itou. La sauce est servie dans de grandes bouteilles en plastique, un plastique qui rappelle délicatement la texture de la laitue. Soudain, une créature dans un linge blanc trop court pour son opulente poitrine se met à crier des chansons de Tina Turner.
L'Abbé me cause mais comme la créature beugle, j’entends à peine ce qu’il dit. Alors je le regarde. Il porte un joli costume, une belle étoffe marron avec une ligne verticale rose accordée à la couleur de sa chemise. Je me souviens des premiers temps et de l’effet que les vêtements de l’Abbé produisaient moi. Lui, sortait de Saint-Cyr, Parisien, sympathique, à l’aise. Et moi de mon village dans le Toulois, tout petit et tout gris. L’Abbé est un type élégant. Une élégance tranquille et sûre d’elle. Il porte des costumes en velours côtelé, de la flanelle, des chemises stricts en coton égyptien, de grands cabans et puis des pinces à vélo dans la poche (ou au revers de son pantalon). Son style c’est l’Ile de Ré à Paris.

L’Abbé est prosélyte. Ce soir, je dois (c’est écrit) monter sur un vélo Vélib (tu vas voir, c’est génial, je m’occupe de tout). Nous passons devant une première station : un vélo sans selle, l’autre la selle à l’envers – mauvais présage – (ha non, celle-ci n’est pas digne de te recevoir). La station suivante est bien achalandée. Alors il fait un geste ample vers la dizaine de vélos amarrés : fais ton choix (sourire éclatant). Pendant ce temps, il pianote sur la borne et libère pour moi (rien que pour moi) le vélo 12. Et me voilà à bicyclette dans les couloirs de bus de la Capitale. Combien d’années sans avoir pédalé ? Plusieurs assurément … alors ma conduite n’est pas assurée . Nous descendons l’Avenue de l’Opéra. (C’est bien hein). Arrivé aux abords du Palais Royal, nous bifurquons vers la Pyramide du Louvre (C’est beau hein). C’est vrai. Ca me fait du bien et c’est beau.
L’Abbé m’explique en roulant l’une des révolutions du nouveau siècle : le vélo électrique (tu as déjà fait du vélo électrique ? ben non). Le vélo électrique c’est la répartition des énergies, c’est la protection de la planète, c’est l’escalade d’un col sans effort. L’Abbé pense à un vélo électrique pour un dernier grand raid : de la Patagonie à l’Alaska. Si on démarre en été à Ushuaia, on arrive en été en Alaska. Vous ne la trouvez pas formidable cette idée, un voyage toujours en été ? L’Abbé est juste un peu embêté car il n’est pas sûr que ses deux garçons voudront l’accompagner.
Nous laissons ensuite le vélo à la station la plus proche de chez lui (et voilà !). Nous nous installons dans son salon, devant un plateau d’échecs (je vous passe nos combats d’antan). Mes jambes sont en coton et mon cerveau en roue libre. La partie tourne court. L’Abbé reprend la narration de tout ce qui l’enchante (le riz cantonnais avec du poulet au caramel, le cinéma d’art et d’essai du coin de la rue, Into the Wild, le Maître International américain dont j’ai oublié le nom, etc.)… Tranquille, je m’assoupis devant un tilleul-menthe.
20:37 Publié dans Les autres | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
12.11.2008
Dans les dents... plein le dos...
Tu as de bonnes dents toi ? Moi aussi j'avais de bonnes dents. Mais elles se sont usées. Et puis elles sont parties. Par couche. Je me suis fait une petite écaille. Et puis elles se sont égalisées maintenant j'ai de toutes petites dents. Avant, quand j'avais 20 ans, j'avais de grandes dents.
Son voisin hurlait six fois par nuit dans il avait mal au dos. Je n'ai pas bien compris son explication mais il semblerait que la gaine osseuse qui entoure le nerf sciatique soit trop étroite pour le nerf. Alors le nerf est en permanence irrité. Et le type il hurle, il n'en peut plus. Lui, ce n'était rien il avait une simple hernie discale, des bouts d'os excédentaires dans la colonne. Et qui irritent le nerf sciatique. C'est la deuxième fois qu'on l'opère en six mois. L'ennui c'est que les lumbagos sont plus fréquents après, l'ennui aussi c'est que plus on se fait opérer moins on a de chances de guérir.
Le père n'avait toujours pas pris rendez-vous pour le petit. Juste une scoliose, rien du tout, et puis pas si prononcée selon les premières radios. Plus un problème de posture que de structure. Souvent les gamins bancals, ils se déhanchent et à force de se déhancher ça déforme la structure. Alors vers 10 ans, il vaut mieux opérer. Alors ce rendez-vous, il faut le prendre.
Quant à moi, il faudrait que j'aille me faire détartrer les dents. Et puis cela me tire un peu dans la cuisse le matin quand je me lève. C'est embêtant.
02:16 Publié dans Conneries | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
30.09.2008
Taxy
La voiture s'enfonçait sous la Plaine. La fille enfin sortait de Paris, pas fâchée de laisser derrière elle Paname et toute sa chienlit. Les lumières, des rectangles jaunes (ou bien oranges ?) défilaient à 90 KM/H sous le tunnel. C'était le début de l'été 2007. Par SMS, la fille avertit son nouveau chéri. "Taxy, chéri, taxy." Le type de l'autre côté commençait à s'interroger : cette fille qui me chérit ignore-t-elle l'orthographe ?

Le chauffeur était une femme. Une petite femme sûrement espagnole en survêtement et sans forme. Une femme épuisée. Un survêtement gris, vous voyez le genre. Elle était à la peine, peinait à garder les yeux ouverts. Sa tête dégringolait de temps à autre du haut de son coup épais. Le type derrière n'était pas à la fête mais il l'observait. Impossible de voir son visage, rétroviseur mal orienté. "Semaine difficile n'est ce pas ?" "Oui, les semaines ne sont jamais faciles... mais alors celle-ci." La femme commença à raconter des tas de trucs. C'était l'heure des restaurateurs. A chaque heure de la nuit, sa populace. Là 2H du matin c'était les restaurateurs. Qu'est ce qu'il faisait le type derrière dans la vie ? Consultant (consultant mes couilles, il pensa le type). Ha oui non, 2H c'est pas leur heure. D'un coup elle versait, on sentait pourtant que ce n'était pas son genre.Elle embraya sur son frère américain. Il avait fait des grandes études le frangin. Il était dans l'informatique. Elle, elle ne comprenait pas ces choses-là. Elle ne savait pas combien il gagnait comme mais c'était beaucoup. Vu que le frère il ne voulais jamais lui dire. Est ce que cela compte tant que cela ? C'est ce qu'il répondait chaque fois. C'est vrai c'est pas important au fond mais elle aimerait bien savoir. Le frère lui avait annoncé qu'il allait se marier. La dernière fois. Elle forcément elle se faisait du souci. Les femmes en Amérique elle veulent se marier et puis vite vite divorcer pour toucher une pension. Elle le savait. Les femmes en Amérique elles procédent ainsi. Le type (le consultant mes couilles) s'en foutait un peu de ce qu'elle racontait, il aimait bien le poids de la fatigue dans sa voix lente et puis lui aussi il était claqué. Quand il sortit, après avoir payé, il lui dit avec douceur "Il est temps que vous alliez dormir maintenant." "Oui vous avez raison, il est temps, j'y vais".

Leur mère avait filé aux gamins une demi-baguette de pain. Les deux petits n'avaient pas faim mais c'était trop drôle de jouer avec le pain. La mère embrassait son mec devant la tête de station. Un baiser ou bien un bouche à bouche, on ne savait plus à la fin. La voiture (celle qui s'arrêta) était toute nickel et son chauffeur tout amidonné. Les petits ne voulaient pas entrer dans la voiture. Mais finalement, si. Le chauffeur, black de chez black, devint livide. Des milliards de miettes sur la banquette dansaient dans ses yeux.
Evidemment, elle n'était pas sur le boulevard. Elle n'était jamais où il lui demandait d'être. 10 fois qu'il appelait et elle ne répondait pas. En ligne elle était. Le type était un peu gêné mais le chauffeur lui il gloussait. Le type s'excusa encore. Le chauffeur gloussa de plus belle, il avait assisté à toutes la scéne. Et à chaque message laissé par le type, il rigolait et lançait un "les femmes !". Le type régla la course avortée et descendit. Non seulement la fille avait appelé on-ne-sait-qui pour lui raconter on-ne-sait-quoi et maintenant qu'elle répondait, enfin, c'était pour lui dire qu'elle ne parvenait pas à fermer la porte à clé. Le taxi gueula encore un peu par la fenêtre avant de faire demi-tour en direction de la place de la République.

Elle sortit sans préavis. Il n'avait pas de quoi régler le taxi. Le chauffeur exécédé lui fit un signe qui signifiait tire-toi. Fissa. Il se tira. Il pleuvait. De plus en plus dru. Il regarda la chaussée, soupira un grand coup et se mit à courir. Bordel. Ce qu'il n'aimait pas courir. Et l'autre qui galopait devant comme une dératée. Pieds nus et les pompes à la main. En plus, comme il faisait chaud, la pluie tout cela, bref, les verres de ses lunettes se couvraient de buée. Et il ne voyait rien. Bon, il la rattrapait. Il était temps, il commençait à avoir un point de côté.

Le pont d'Austerlitz était embouteillé. Il était pourtant tard 23H. Lorsqu'il arriva au niveau du taxi, il vit à l'arrière de la voiture une femme assise. La tête en arrière, comme si elle dormait, mais dans une position inconfortable. En fait elle ne dormait pas. A l'avant le chauffeur obèse pestait contre le camion devant. Elle grimaçait, elle grimaçait de douleur.
23:37 Publié dans Elle | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note


