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28.07.2007

Carnage

38aadb913479eb072e40e263e269c941.jpgPlace de Clichy. Sa tenue est stricte, sa mise désordonnée. Il rejoint les quelques passagers du bus 95. Le chauffeur l’interpelle. Il montre sa carte orange. Il avance et s’adosse contre un poteau métallique au milieu du bus. Le bus démarre.  Il ouvre ses mains. Comme le fait un prêtre avant l’eucharistie. Il les regarde. Ses mains sont maculées de sang. Sous ses ongles et par endroit, le  sang est séché. Marron. D’autres traces sont  éclatantes. Rouge vif. Il photographie ses mains. Sous plusieurs angles. Et différentes lumières.

 

 

 

44611bdbb05b22af36bb7c4d68c02e42.jpgLes deux femmes les plus proches de lui l’observent, intriguées. L’une d’elle fixe les mains de l’homme. Soudain, elle s’agite. Elle s’affole. Elle interpelle sa voisine. « Venez, descendons, nous sommes arrivées ». Gare Saint-Lazare.La première descend, l’autre ne bouge pas. « Venez je vous dis » crie encore la femme avant la fermeture des portes.

 

 Il tape sur le clavier de son téléphone. Il envoie un message. Un bip retentit. Il sourit.

 

 

 

Abbesses. La chambre, exposée plein-est, baigne dans la lumière du soleil. Dans l’air flotte cette odeur caractéristique d’une nuit qui a été longue. Il y a du sang, un peu partout. Sur les murs, blancs, de longues traces vermillon dessinent des arabesques. Sur la poignée de la porte et puis sur l’interrupteur.  Il y a du sang aussi sur le cadre doré du lit et sur les draps, les oreillers et la couette - aux couleurs assorties dans un dégradé de bleu -. Il y en a sur le matelas que le drap housse, défait, n’a pas bien protégé.

 

 

9f5566d33b18ec718f8d3fb8114ad899.jpgLe corps de la femme git sur le lit, dans une posture indécente, jambes écartées. La fente de son sexe est recouverte de sang coagulé. La main droite de la femme est crispée sur un téléphone. Le téléphone vibre.

 

Une photo apparaît sur l’écran du téléphone. La photo de deux mains ouvertes. Sous la photo une ligne de texte. « Ta chatte était brûlante alors mes mains sont en sang…».

 

 

  La femme regarde le téléphone. Elle sourit.

18:55 Publié dans Elle | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : elle

27.07.2007

Mon amour

Lui  : qu'est ce que je vais faire avec toi ?
Elle : tout ce que tu veux, mon amour.

Lui  : qu'est ce que je vais faire sans toi ?
Elle : tout ce que tu veux, mon amour.

 

22.07.2007

Est-ce que tu m'aimes ? (1)

Lui  : Est-ce que tu m'aimes ?
Elle : Tu m'emmerdes.
Lui  : Pourquoi ?
Elle : C'est une question qui ne se pose pas, une question qui n'a pas de sens.
Lui  : Trouve une réponse qui ait du sens.
Elle : Je te vois venir, j'en ai déjà rencontré des types comme toi.
Lui  : Charmante...
Elle :  Ne me prends pas pour une idiote, tu ne crois pas en l'amour... baise-moi si tu veux... autant que tu veux.... comme tu me veux... fais tout ce que tu veux de mon corps...  mais ne parlons pas d'amour.
Lui :  Mon amour...
Elle : Tu parles.
Lui  : Mon amour...
Elle : Ne me parle pas d'amour.
Lui : Je ne compte rien en dire, je te demande si tu m'aimes.
Elle : Tu joues, tu t'amuses.
Lui : Je m'amuse mais je ne joue pas.
Lui : J'aimerais savoir quel type de sentiments tu penses avoir pour moi.
Elle : Tu joues comme tu respires, tu joues tant que tu ne sais plus où est l'avant, où est l'après.
Lui : Est-ce que tu m'aimes ?
Elle : Si je te dis que je t'aime, le dire va soudain donner une réalité à quelque chose qui n'existerait pas sans cela...
Elle : Et plus je te le dirai, plus je t'aimerai.
Elle : Qu'est ce que tu veux ?
Lui : Peu importe. Est-ce que tu m'aimes ?
Elle : Tu mens une fois de plus. Tu veux que je te dise que je t'aime.
Lui : Je ne veux rien au fond...
Elle : Aime-moi
Lui : Je ne sais pas ce que...
Elle : Alors tais-toi
Lui : Je ne ...
Elle : Baise moi.

21.07.2007

Contre la montre

Il ouvre les yeux et sursaute. Il regarde l’heure.

 

05H35. Tout va bien. Le matin est clair. Elle dort à côté de lui. Sa respiration est encombrée. Elle dort si peu. Elle fume trop. Sa toux s’est encore aggravée. Elle aurait besoin de repos. De paix. Elle est belle. Elle est gracieuse. Les enfants dorment dans la chambre voisine. Il pense aux deux enfants. Ils sont beaux. Ils sont gracieux. Ils l’ont appelé hier. Il a décroché. « Papa, réponds-moi ». Il n’a pas répondu. Il a souri. Il s’est apprêté à parler. Son sourire a vite disparu. Il a raccroché. « Papa, réponds-moi ». C’est une phrase qui résonne. Une phrase qui sonne. Les deux enfants riaient. Ils étaient un peu en colère aussi, sans réponse. Il ne comprenait pas leur babil. Il y avait juste ces mots « Papa, réponds-moi ». Il regarde l’heure.

 

05H47. Il la désire. Il s’apprête à la saisir et s’introduire en elle. Il a pris cette habitude de la baiser quand elle dort. Il aime ces étreintes volées à son repos. Ce matin, il se retient. Il se masturbe. Il jouit rapidement. Orgasme technique, nerveux, inutile. Il a froid. Il reprend la couverture. Il a toujours envie d’elle. Sa respiration se transforme en ronflement. Il essuie la paume de sa main pleine de sperme sur le pubis glabre de la femme. Il masse son sexe chaud. Elle gémit sans se réveiller. Elle écarte ses cuisses. Elle s’offre. Depuis les premiers instants, il ne s’est passé une heure sans qu’elle s’offre à lui. Ou le prenne. Il s’allonge contre elle. Il embrasse son dos.

 

06H00. Il éteint le réveil de sa montre. Il se lève. Il rassemble les vêtements qu’il portait la veille. Elle lui a préparé une chemise propre mais elle est à la fois trop courte et trop large. Il se dirige vers la salle de bains. Le parquet grince. Surtout ne réveiller personne. Il urine dans le lavabo. Il fait couler un mince file d’eau. Le plus mince possible. Il s’asperge. Il voudrait se raser. Il ouvre un tiroir. Il trouve de la mousse et un rasoir à main. Le rasoir a déjà servi. Il approche son visage du miroir de la salle de bain et inspecte ses joues. Il hausse ses épaules. Il s’habille. Sa chemise est tâchée. Une tâche qui se voit à peine. Une tache de vin au poignet. Il retrousse le bras de la chemise. Rien n’y paraît. Ses chaussures ne sont pas cirées. Cette fois, il a pensé à prendre avec lui un tube de cirage. « Brille sans frotter ». Il ne frotte pas mais les chaussures ne brillent pas. Il regarde l’heure.

 

06H23.  Il l’entend tousser derrière la porte fermée de la chambre. Il hésite un peu. Il est sur le point de revenir vers elle. Un des deux petits commence à s’agiter. Le RER de 06H45 arrive bientôt. Il est prêt. Tout va bien. Costumé, grimmé, cravaté. Il sort de l’appartement chaussures à la main. Il descend les escaliers. Comme chaque fois, il s’assoie sur la première marche pour nouer ses lacets. Il regarde l’heure.

 

06H23. Sa montre s’est encore arrêtée. Il la défait. il la jette. Les bips des chiffres du digicode retentissent. La lourde porte d’entrée de l’immeuble s’ouvre. Un homme trappu entre dans le vestibule de l’immeuble. L’homme ramasse la montre.

 

« C’est à vous? »

« Oui »

« Waow, une Festina. Mais dites-donc elle retarde. C’est bien la peine de se payer une montre pareille… »

« Ce n’est pas moi, c’est ma femme : elle adore Virenque »

« Plaignez-vous mon gars, la mienne ne m’offre jamais rien »

« Elle vous plait ?»

« Ma femme ? »’

« Non, ma montre»

« Pour sûr, la montre de Virenque, vous pensez…»

« Alors je vous l’offre.»

« Vous êtes malade, c’est plusieurs mois de salaire une montre pareille. »

« Prenez-là si vous voulez, cela me fait plaisir. Et nous serons quitte si vous me donnez l’heure.»

« Je dirais dans les 07H00. Je travaille de nuit à Orly et j’arrive tous les matins par le train de 06H45. ».

 

L’homme regarde sa nouvelle montre. Il a les yeux qui brillent. Sans frotter.

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