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08.09.2007
La bête

Il ignorait que les murs de l'enfer étaient blancs, que ses eaux étaient turquoises, le soleil intense et la nuit rafraichie par un vent marin.
Il écoute ses enfants, leurs bruits de bouche et de succions sur les peluches délabrées qu'ils chérissent depuis leurs premiers jours. L'air commence à manquer. Il s'allonge. Le matelas est sobre. Comme chaque soir, la bête sort. Tout le jour, il a crâmé ses poumons, s'est nourri de fumée et de bière. Et ce soir, à nouveau, la bête est là, son odeur pourrie déjà emplit la chambre.
Le climatiseur bourdonne. Il s'endort. Ses rêves sont mauvais et épais. Il se réveille. Souvent. Son tee-shirt est trempé. Il a peur. Il a peur de la nuit. Il a peur d'ouvrir les yeux. ll se tourne vers le matelas vide à côté du sien. Aucune lueur perceptible derrière ses paupières. Il ouvre les yeux. Nuit noire. Les tentacules sont enroulées autour de ses chevilles et de ses genoux. La bête est là. La bête progresse. Les ventouses rongent sa peau et découpent ses chairs. Son coeur cogne et ses poumons brûlent. L'acide envahit sa bouche et dégouline le long de ses joues. Se mélange à son chagrin.

Il écoute les secondes. Les enfants remuent. Il tente de se relever mais il est sans force. La douleur augmente. La gueule de la bête dévore son bassin. Ses machoires se sont refermées sur ses viscères. Quelques secondes, il se ressaisit, respire et repousse l'assaut. La peine est perdue. Il ne bouge plus. La bête le recouvre et lui suce ce qui lui reste de vivant.
A côté de lui, un vrombissement et un bip. La diode verte du téléphone clignote sur le lit vide.
23H51. Jamais encore, elle n'avait écrit si tard. "1 nouveau message". Il appuie sur le bouton. Le message va bientôt s'afficher. Il fixe le haut de l'écran, là où l'identité de l'émetteur s'affiche. Qui ? Qui ? Qui ?
Message d'elle. "Bon je vais quand-même me branler en pensant à toi... faudrait pas pousser trop loin l'abnégation, là c'est d'ordre vital".
Les mots sont une piqûre de morphine. La douleur reflue, ses muscles crispés se détendent. La bête déguerpit. Il s'apaise enfin. Il va dormir pour de bon.
La bête a déguerpi mais elle reviendra dans quelques minutes, dans quelques heures. Et elle sera là demain.
10:45 Publié dans Elle | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


Commentaires
Les bêtes, c'est bête, c'est bien connu, fanfaronnait une certaine, pendant ce temps à Paris !
Arrghhh !
Bon, maintenant j'ai mal.
Ecrit par : Louise | 08.09.2007
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