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23.11.2007
Le dernier repas
Je suis dans ma piaule.
« Message d’elle , 01 aout, 11H26 : Ce soir, je dors dans ta piaule »
Je suis dans ma piaule et je ne dors pas. Tu es épuisée.
Tu ne tenais plus debout. Tes yeux se fermaient…
« Message d’elle, 01 aout, 22H40 : Mon amour, je m’endors dans le taxi »
Dans ma piaule, il y a toujours ce bac bleu qui recueille l’eau de la pluie qui filtre à travers la lucarne que tu as cassée. Lucarne sommairement bouchée avec un oreiller.
Lucarne cassée le 1er aout. « Comme cela tu penseras à moi lorsque je serai loin. » au milieu de la nuit.
Je viens de rentrer.
Je viens d’acheter pour toi et pour nous… du vin, des câpres, du pain, de la viande hachée, du Comté et de la Ricotta, de la tome de Savoie, du chocolat, de la tarte flambée, du jambon sec italien, du raisin, des fleurs un peu merdiques… et puis dans un sachet surgelé de quoi faire des frites … qui seront un peu merdiques elles aussi… deux taies d’oreiller, bleu ciel… La viande je vais la mélanger à toutes ces herbes achetées au marché ce matin. Et puis avec les câpres. Et avec une mayonnaise épicée que je vais confectionner. Pour l’instant, j’attends. Le mixer fait du bruit et je ne suis pas foutu de monter une mayonnaise à la main.Toi tu n’es pas merdique, mon amour. Rien de merdique. Et j’aime tant quand tu me branles.
« Message d’elle, 07 aout, 11H07 : Je suis merdique »

J’ai été pris de vertige, à nouveau, dans les rayons du grand supermarché. Il y avait des guirlandes électriques déjà aux abords du grand supermarché. Je n’ai pas compris pourquoi d’abord. Noël. Noël, putain. Et puis j’ai compris. Je viens seulement de me rendre compte. Deux fois pourtant tu me l’as dit. Trois peut-être. Vertige crispé et anxieux.
Ce soir là, aussi, j’avais préparé un repas pour toi. Et nous n’avons pas mangé, je crois. Je ne sais plus s’il a eu lieu ce dernier repas. « Et je ne garderai pour habiller mon âme que l'idée d'un rosier et qu'un prénom de femme »
Dix fois, cent fois, je t’ai fait dire et répéter et répéter encore ces mots là, ce soir là, ces mots qui ne se disent pas… Mais après ce soir là, celui du 1er août, il y a eu celui du 02 août. Et ce soir là, tu étais partout mais tu n’étais plus là.
Les reliefs du repas que tu n’avais pas mangé, les élastiques pour tes cheveux à côté du lit, tes bracelets blancs à deux balles en tête du lit, ce livre que tu m’as donné avant de partir, tous tes shampoings – celui que l’on met avant de se laver les cheveux, celui pendant, celui après, le démêlant et puis aussi celui qui ne sert à rien mais qui sent bon -, les traces de toi dans les draps souillés de nos nuits sans sommeil, les odeurs de nos corps mêlés.
J’ai tout de suite vu, en rentrant. Ton téléphone sur le bar. Et ta veste sur la chaise. Et ton sac dans l’entrée. Et tes vêtements au pied du lit. Tu es forcément là. Tu es dans le lit du petit. Canapé-lit. Un couchage approximatif avec une housse de matelas mais sans drap. Tu dors. Comme il fait chaud désormais, tes épaules sont découvertes. Tu dors dans le lit du petit. Sous celui du grand.

J’attends que tu te réveilles. Cette fois, il n’y a pas de course contre la montre. En tout cas, le chronomètre n’est pas encore enclenché. Tu ne vas pas partir. En tout cas pas dans quelques heures. Et lorsque tu partiras, ce ne sera pas loin. En tout cas, j’espère. Ou alors avec moi.
« Message d’elle, 08 aout, 12H19 : Je suis partie. Que je biaise ou non n’importe plus, il faut que je te perde pour accepter l’idée d’être heureuse ailleurs, d’aimer et d’être aimée sans toi. Abnégation ? Renoncement. Je baisse mon étendard colère, je rends les armes, je ne gagnerai pas. Ne m’attends plus. »
Je t’ai attendue. Tu es là et tu es partout. Tu dors dans la pièce voisine. Je pense à toi, tu es à côté de moi. Nous serons ensemble. A Noël. Dans un désert ou au large d’une mer chaude. Ou bien…
« Puis je regarderai le haut de ma colline qui danse qui se devine qui finit par sombrer… et dans l'odeur des fleurs qui bientôt s'éteindra, je sais que j'aurai peur une dernière fois. »
Bientôt, je n’aurai plus peur…
Bientôt, mon amour ?
23:55 Publié dans Elle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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