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16.02.2008

Rencontre de l'autre type

J’ai toujours aimé ces livres et ces films où l’on évoque le héros pendant de nombreuses scènes, où celui-ci est décrit par de multiples protagonistes et où il apparaît enfin.

 

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J’ai rencontré le « Patriarche » huit mois après le début de l’histoire. Huit mois pendant lesquels j’ai été entouré de sa présence omniprésente.

Dans le salon où pour la première fois j’ai embrassé la petite, une photo trainait sur la cheminée. Une photo en couleurs, une photo polaroïd un peu floue où on le voyait les yeux dans le vague au volant d’une voiture. Fixée au mur du salon, une autre photo - là il était central et souriant - et puis une autre en fond d’écran d’un ordinateur, entouré des siens – ici on ne voyait qu’une partie de son visage -. Dans la chambre de la petite, là où nous faisions l’amour, encore une photo de lui. Une photo en noir et blanc, où son visage dégageait tristesse et colère.

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L’homme semblait autoritaire et inspirer un respect intime et une infinie tendresse à qui le fréquentait ou le connaissait. Lorsque je croisais parfois les connaissances de la petite, la conversation dérivait immanquablement vers le « Patriarche ». Comme au cœur des tragédies familiales, l’homme cristallisait les regards, les craintes et les pensées. La môme lui parlait souvent devant moi au téléphone et j’entendais, sans distinguer les mots, sa voix à la fois virile et fragile ; leurs conversations semblaient un peu tendues parfois. L’homme, sans doute, n’entendait pas voir son autorité diminuer auprès de la petite à l’occasion de mon irruption dans leur famille. Dans la voix de la petite se mélangeaient amour et peur.

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Lors de notre premier voyage, le « Patriarche » était en garde à vue. Ma compagne était anxieuse si bien que dans l’aéroport, quelques minutes avant notre départ, je lui proposai d’annuler notre voyage. La môme n’avait pas accepté mais il lui en avait coûté. Elle était toute affectée, j’en suis certain, à l’idée d’abandonner cet homme dans l’adversité.

Lorsque j’ai aidé la petite a déménager ses affaires de l’appartement familial, j'ai trimballé de nombreuses conneries qui ne serviront plus jamais, et parmi elles, des affaires appartenaient au « Patriarche »… Une photo, une photo encore et encore, est apparue à la surface sur le siège avant de mon véhicule. Une photo du « Patriarche » endormi. Cette photo avait quelque chose de pénible, cette photo que la môme tenait tant à emporter. Je l’imaginai – et je l’imagine souvent encore - la môme, lorsqu’elle a pris le cliché. Nulle autre qu’elle avait pu prendre une telle photo, il y avait tellement d’amour dans cette photo, cette photo que la môme s’était empressée de dissimuler et que j’ai feint de ne pas voir.

C’était émouvant d’observer, ainsi à distance, cet homme, objet de toutes les attentions de cette fille dont j’aspirais à ce qu’elle devienne ma femme. Cet homme qui comptait tant pour elle et qui toujours compterait.

J’ai rencontré le « Patriarche » pour lui faire plaisir, à la môme. Le type n’était pas habitué à ce qu’elle lui refuse quoi que ce soit. Sans cela, je prenais le risque de provoquer l’une de ces colères telluriques dont la petite ne se remettrait pas. Enfin, au nom de sa position de père inquiet, je ne me sentais pas le droit de lui refuser un tel entretien. J’espérais, sans me faire beaucoup d’illusion, que quelque chose de positif ressortirait de cette rencontre. J’espérais que me rencontrer, cette confrontation avec le réel, l’arrêterait. C’est le contraire qui s’est produit. C’est moi qui suis arrêté à présent. L’homme bien que contenu a été agressif et vulgaire.

Je présente là la version officielle : ce que cet entretien m’a inspiré n’est pas descriptible.

« Maintenant tu es entré dans ma famille alors tu fais partie de ma famille mais fais gaffe à ma famille »

« Mes enfants sont toute ma vie alors je les vois tous les jours et je continuerai à les voir tous les jours »  

« Les trois-là, la môme et les petits, j’en suis fou amoureux alors tu ne sais pas où tu as mis les pieds »  

« On a dû te dire que je n’avais pas une capacité d’analyse très développée… alors s’il arrive quoi que ce soit à mes gamins… c’est pour ta gueule… je ne ferais pas de différence… je ne chercherai pas à comprendre…  s’il leur arrive quelque chose je t’éclate. »

 

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Il se tournait vers moi et il avait sur les lèvres une sorte de rictus, de sourire outré, un sourire de bouffon. Il est parti après avoir terminé les quelques phrases qu’il avait préparées. Il m'a fait penser à un type qui s’efforçait d’imiter le Parrain.. « Tou fais partie de ma famille… je vais te faire une offre que tu ne peux pas refuser… » ou bien à une petite frappe qui se la jouait Tony Montana. J'ai pensé aussi à Vincent Cassel dans La Haine qui répétait à l’infini les mêmes mots devant sa glace en mimant De Niro et en grimaçant…

Je vois encore son visage et son expression souriante, mauvaise et abrutie. De nombreuses questions m’ont agité ensuite : comment la môme avait-elle pu aimer ce type au regard vide et au sourire outré ? Vouloir et avoir des enfants de lui ? Qu’est-ce que j’ai de commun avec lui ? Comment aurais-je réagi si ce soir-là, j’avais fait la connaissance d’un homme à l’image de sa femme… bon, gentil, lucide, vif, fort, aimant, délicat, généreux, lumineux, paternel ?

Patriarche…

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Commentaires

T'es certain qu'il n'avait pas tout manigancé, juste pour te jouer un bon tour? Moi perso, si j'avais une fille et qu'elle me ramenait un type, je t'assure que j'en profiterai mon me marrer un bon coup. J'imagine trop bien la salle d'"interview", plongée dans une mi-obscurité, avec une chaise unique faisant face à une longue table à laquelle je serais assis, accompagné de l'un ou l'autre pote pour faire plus solennel... Bon sang, faut que je fasse des gosses.

Ecrit par : fred_ | 17.02.2008

Lorsque je lis ce premier commentaire à ce texte, je me dis que oui décidément ce que j'écris doit être bien confus....

Ecrit par : qqundautre | 18.02.2008

Ah mais pas du tout. Tout cela est limpide.

Ecrit par : fred_ | 19.02.2008

Extrait de mon texte : "Comment la môme [...] avait-elle pu vouloir et avoir des enfants de lui ?". Le "Patriarche" n'est pas le père de la môme mais son mari (évidemment la confusion est soigneusement entretenue jusqu'au dernier paragraphe).

Ecrit par : qqundautre | 19.02.2008

Ah tiens oui. J'avais zappé.

Ecrit par : fred_ | 19.02.2008

Quelqu'un écrit ici ?
Ah ben faut me prévenir merde !

Ecrit par : Piotrard de Nervulve | 19.02.2008

J'avais trouvé un site web où tu pouvais (pour un prix dérisoire) donner ton adresse e-mail, et à chaque fois qu'une nouvelle note paraissait sur un blog (du monde entier, mon gars), un mail t'était envoyé. Je retrouve l'adresse et je te donne ça.

Ecrit par : fred_ | 20.02.2008

J'ai vécu pendant 10 ans avec le plus grand crétin de la terre. Et pourtant je l'ai aimé fort, fort, fort et je lui ai fait trois enfants. C'est pas facile d'être une môme, tu sais. Et c'est vrai auusi que c'est pas facile non plus pour mon mec de maintenant qui est le type le plus génial de la terre.

Ecrit par : une-môme | 22.02.2008

Faut arrêter le cinéma.
Ou en faire.

Quand est-ce que TU m'invites à dîner ?

Ecrit par : FrouFrou | 23.02.2008

Tu as de nouveau le droit de sortir ? et tu aurais même le droit de dîner avec moi ?
Waow...

Ecrit par : qqundautre | 27.02.2008

Et quoi bon sang. On est payé à l'heure ici?

Ecrit par : fred_ | 12.03.2008

Fred : votre Louis de Funès me fait penser à Samuel Beckett. Et vous à un rhinocéros roumain.

Ecrit par : qqundautre | 15.03.2008

Je sais. J'ai déconné. Grave. Par contre, je dois reconnaitre ne pas compter de rhinocéros roumain dans mes connaissances. Toutefois, étant d'une nature diablement optimiste, je prends ça pour un compliment. Merci, donc.

Ecrit par : fred_ | 16.03.2008

capada liotta cioran !

Ecrit par : rhino rouma | 18.03.2008

Vous me faîtes marrer, monsieur l'hurluberlu (mais ne prenez pas cette confession pour un encouragement à inonder mon tout petit blog de façon inconsidérée).

Ecrit par : qqundautre | 18.03.2008

Certes non - oh oh oh (*) - bien loin de moi cette idée! Mais Cioran n'était pas un gai luron, que je sache.

(*) "oh oh oh" facon Pere Noel

Ecrit par : fred_ | 25.03.2008

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