19.12.2007
Coup de pompe
Et en fait je n’ai pas grand-chose de plus à dire. Ha si, hier soir, je me suis acheté des Weston.

C’est la première fois que j’ai des Weston aux pieds alors je regarde mes pieds et connement je suis content mais au fond, je ne fais pas différence entre ces pompes là et des Bowen ou même des Olden. Enfin si, il y a une différence. Une différence notable. Le prix.
Tout cela me pose beaucoup de questions. En réalité, c’est surtout l’idée de la Weston plus que la Weston qui me plait. L'idée d'une pompe éternelle et belle et éternellement belle.
Comme l’amour mais à l’inverse de la baise.
PS 1 : Il y a des formes dans mes pompes. Ce genre de trucs c'est comme les jolis dessous pour les rendez-vous d'amour, on s'en passe vite. Très vite. Et on revient à sa bonne vieille culotte. Et son fond plus très net.
PS 2 : Il y a des plis de marche, déjà. De la daube, les pompes éternelles.
PS 3 : Vous n'avez pas une crème nourrissière à me conseiller ?
PS 3 : Sans déconner, elles sont classe mes pompes. Vous ne trouvez pas ?
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23.11.2007
Le dernier repas
Je suis dans ma piaule.
« Message d’elle , 01 aout, 11H26 : Ce soir, je dors dans ta piaule »
Je suis dans ma piaule et je ne dors pas. Tu es épuisée.
Tu ne tenais plus debout. Tes yeux se fermaient…
« Message d’elle, 01 aout, 22H40 : Mon amour, je m’endors dans le taxi »
Dans ma piaule, il y a toujours ce bac bleu qui recueille l’eau de la pluie qui filtre à travers la lucarne que tu as cassée. Lucarne sommairement bouchée avec un oreiller.
Lucarne cassée le 1er aout. « Comme cela tu penseras à moi lorsque je serai loin. » au milieu de la nuit.
Je viens de rentrer.
Je viens d’acheter pour toi et pour nous… du vin, des câpres, du pain, de la viande hachée, du Comté et de la Ricotta, de la tome de Savoie, du chocolat, de la tarte flambée, du jambon sec italien, du raisin, des fleurs un peu merdiques… et puis dans un sachet surgelé de quoi faire des frites … qui seront un peu merdiques elles aussi… deux taies d’oreiller, bleu ciel… La viande je vais la mélanger à toutes ces herbes achetées au marché ce matin. Et puis avec les câpres. Et avec une mayonnaise épicée que je vais confectionner. Pour l’instant, j’attends. Le mixer fait du bruit et je ne suis pas foutu de monter une mayonnaise à la main.Toi tu n’es pas merdique, mon amour. Rien de merdique. Et j’aime tant quand tu me branles.
« Message d’elle, 07 aout, 11H07 : Je suis merdique »

J’ai été pris de vertige, à nouveau, dans les rayons du grand supermarché. Il y avait des guirlandes électriques déjà aux abords du grand supermarché. Je n’ai pas compris pourquoi d’abord. Noël. Noël, putain. Et puis j’ai compris. Je viens seulement de me rendre compte. Deux fois pourtant tu me l’as dit. Trois peut-être. Vertige crispé et anxieux.
Ce soir là, aussi, j’avais préparé un repas pour toi. Et nous n’avons pas mangé, je crois. Je ne sais plus s’il a eu lieu ce dernier repas. « Et je ne garderai pour habiller mon âme que l'idée d'un rosier et qu'un prénom de femme »
Dix fois, cent fois, je t’ai fait dire et répéter et répéter encore ces mots là, ce soir là, ces mots qui ne se disent pas… Mais après ce soir là, celui du 1er août, il y a eu celui du 02 août. Et ce soir là, tu étais partout mais tu n’étais plus là.
Les reliefs du repas que tu n’avais pas mangé, les élastiques pour tes cheveux à côté du lit, tes bracelets blancs à deux balles en tête du lit, ce livre que tu m’as donné avant de partir, tous tes shampoings – celui que l’on met avant de se laver les cheveux, celui pendant, celui après, le démêlant et puis aussi celui qui ne sert à rien mais qui sent bon -, les traces de toi dans les draps souillés de nos nuits sans sommeil, les odeurs de nos corps mêlés.
J’ai tout de suite vu, en rentrant. Ton téléphone sur le bar. Et ta veste sur la chaise. Et ton sac dans l’entrée. Et tes vêtements au pied du lit. Tu es forcément là. Tu es dans le lit du petit. Canapé-lit. Un couchage approximatif avec une housse de matelas mais sans drap. Tu dors. Comme il fait chaud désormais, tes épaules sont découvertes. Tu dors dans le lit du petit. Sous celui du grand.

J’attends que tu te réveilles. Cette fois, il n’y a pas de course contre la montre. En tout cas, le chronomètre n’est pas encore enclenché. Tu ne vas pas partir. En tout cas pas dans quelques heures. Et lorsque tu partiras, ce ne sera pas loin. En tout cas, j’espère. Ou alors avec moi.
« Message d’elle, 08 aout, 12H19 : Je suis partie. Que je biaise ou non n’importe plus, il faut que je te perde pour accepter l’idée d’être heureuse ailleurs, d’aimer et d’être aimée sans toi. Abnégation ? Renoncement. Je baisse mon étendard colère, je rends les armes, je ne gagnerai pas. Ne m’attends plus. »
Je t’ai attendue. Tu es là et tu es partout. Tu dors dans la pièce voisine. Je pense à toi, tu es à côté de moi. Nous serons ensemble. A Noël. Dans un désert ou au large d’une mer chaude. Ou bien…
« Puis je regarderai le haut de ma colline qui danse qui se devine qui finit par sombrer… et dans l'odeur des fleurs qui bientôt s'éteindra, je sais que j'aurai peur une dernière fois. »
Bientôt, je n’aurai plus peur…
Bientôt, mon amour ?
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08.09.2007
La bête

Il ignorait que les murs de l'enfer étaient blancs, que ses eaux étaient turquoises, le soleil intense et la nuit rafraichie par un vent marin.
Il écoute ses enfants, leurs bruits de bouche et de succions sur les peluches délabrées qu'ils chérissent depuis leurs premiers jours. L'air commence à manquer. Il s'allonge. Le matelas est sobre. Comme chaque soir, la bête sort. Tout le jour, il a crâmé ses poumons, s'est nourri de fumée et de bière. Et ce soir, à nouveau, la bête est là, son odeur pourrie déjà emplit la chambre.
Le climatiseur bourdonne. Il s'endort. Ses rêves sont mauvais et épais. Il se réveille. Souvent. Son tee-shirt est trempé. Il a peur. Il a peur de la nuit. Il a peur d'ouvrir les yeux. ll se tourne vers le matelas vide à côté du sien. Aucune lueur perceptible derrière ses paupières. Il ouvre les yeux. Nuit noire. Les tentacules sont enroulées autour de ses chevilles et de ses genoux. La bête est là. La bête progresse. Les ventouses rongent sa peau et découpent ses chairs. Son coeur cogne et ses poumons brûlent. L'acide envahit sa bouche et dégouline le long de ses joues. Se mélange à son chagrin.

Il écoute les secondes. Les enfants remuent. Il tente de se relever mais il est sans force. La douleur augmente. La gueule de la bête dévore son bassin. Ses machoires se sont refermées sur ses viscères. Quelques secondes, il se ressaisit, respire et repousse l'assaut. La peine est perdue. Il ne bouge plus. La bête le recouvre et lui suce ce qui lui reste de vivant.
A côté de lui, un vrombissement et un bip. La diode verte du téléphone clignote sur le lit vide.
23H51. Jamais encore, elle n'avait écrit si tard. "1 nouveau message". Il appuie sur le bouton. Le message va bientôt s'afficher. Il fixe le haut de l'écran, là où l'identité de l'émetteur s'affiche. Qui ? Qui ? Qui ?
Message d'elle. "Bon je vais quand-même me branler en pensant à toi... faudrait pas pousser trop loin l'abnégation, là c'est d'ordre vital".
Les mots sont une piqûre de morphine. La douleur reflue, ses muscles crispés se détendent. La bête déguerpit. Il s'apaise enfin. Il va dormir pour de bon.
La bête a déguerpi mais elle reviendra dans quelques minutes, dans quelques heures. Et elle sera là demain.
10:45 Publié dans Elle | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
28.07.2007
Carnage
Place de Clichy. Sa tenue est stricte, sa mise désordonnée. Il rejoint les quelques passagers du bus 95. Le chauffeur l’interpelle. Il montre sa carte orange. Il avance et s’adosse contre un poteau métallique au milieu du bus. Le bus démarre. Il ouvre ses mains. Comme le fait un prêtre avant l’eucharistie. Il les regarde. Ses mains sont maculées de sang. Sous ses ongles et par endroit, le sang est séché. Marron. D’autres traces sont éclatantes. Rouge vif. Il photographie ses mains. Sous plusieurs angles. Et différentes lumières.
Les deux femmes les plus proches de lui l’observent, intriguées. L’une d’elle fixe les mains de l’homme. Soudain, elle s’agite. Elle s’affole. Elle interpelle sa voisine. « Venez, descendons, nous sommes arrivées ». Gare Saint-Lazare.La première descend, l’autre ne bouge pas. « Venez je vous dis » crie encore la femme avant la fermeture des portes.
Il tape sur le clavier de son téléphone. Il envoie un message. Un bip retentit. Il sourit.
Abbesses. La chambre, exposée plein-est, baigne dans la lumière du soleil. Dans l’air flotte cette odeur caractéristique d’une nuit qui a été longue. Il y a du sang, un peu partout. Sur les murs, blancs, de longues traces vermillon dessinent des arabesques. Sur la poignée de la porte et puis sur l’interrupteur. Il y a du sang aussi sur le cadre doré du lit et sur les draps, les oreillers et la couette - aux couleurs assorties dans un dégradé de bleu -. Il y en a sur le matelas que le drap housse, défait, n’a pas bien protégé.
Le corps de la femme git sur le lit, dans une posture indécente, jambes écartées. La fente de son sexe est recouverte de sang coagulé. La main droite de la femme est crispée sur un téléphone. Le téléphone vibre.
Une photo apparaît sur l’écran du téléphone. La photo de deux mains ouvertes. Sous la photo une ligne de texte. « Ta chatte était brûlante alors mes mains sont en sang…».
La femme regarde le téléphone. Elle sourit.
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27.07.2007
Mon amour
Lui : qu'est ce que je vais faire avec toi ?
Elle : tout ce que tu veux, mon amour.
Lui : qu'est ce que je vais faire sans toi ?
Elle : tout ce que tu veux, mon amour.
15:30 Publié dans Elle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
21.07.2007
Contre la montre
Il ouvre les yeux et sursaute. Il regarde l’heure.
05H35. Tout va bien. Le matin est clair. Elle dort à côté de lui. Sa respiration est encombrée. Elle dort si peu. Elle fume trop. Sa toux s’est encore aggravée. Elle aurait besoin de repos. De paix. Elle est belle. Elle est gracieuse. Les enfants dorment dans la chambre voisine. Il pense aux deux enfants. Ils sont beaux. Ils sont gracieux. Ils l’ont appelé hier. Il a décroché. « Papa, réponds-moi ». Il n’a pas répondu. Il a souri. Il s’est apprêté à parler. Son sourire a vite disparu. Il a raccroché. « Papa, réponds-moi ». C’est une phrase qui résonne. Une phrase qui sonne. Les deux enfants riaient. Ils étaient un peu en colère aussi, sans réponse. Il ne comprenait pas leur babil. Il y avait juste ces mots « Papa, réponds-moi ». Il regarde l’heure.
05H47. Il la désire. Il s’apprête à la saisir et s’introduire en elle. Il a pris cette habitude de la baiser quand elle dort. Il aime ces étreintes volées à son repos. Ce matin, il se retient. Il se masturbe. Il jouit rapidement. Orgasme technique, nerveux, inutile. Il a froid. Il reprend la couverture. Il a toujours envie d’elle. Sa respiration se transforme en ronflement. Il essuie la paume de sa main pleine de sperme sur le pubis glabre de la femme. Il masse son sexe chaud. Elle gémit sans se réveiller. Elle écarte ses cuisses. Elle s’offre. Depuis les premiers instants, il ne s’est passé une heure sans qu’elle s’offre à lui. Ou le prenne. Il s’allonge contre elle. Il embrasse son dos.
06H00. Il éteint le réveil de sa montre. Il se lève. Il rassemble les vêtements qu’il portait la veille. Elle lui a préparé une chemise propre mais elle est à la fois trop courte et trop large. Il se dirige vers la salle de bains. Le parquet grince. Surtout ne réveiller personne. Il urine dans le lavabo. Il fait couler un mince file d’eau. Le plus mince possible. Il s’asperge. Il voudrait se raser. Il ouvre un tiroir. Il trouve de la mousse et un rasoir à main. Le rasoir a déjà servi. Il approche son visage du miroir de la salle de bain et inspecte ses joues. Il hausse ses épaules. Il s’habille. Sa chemise est tâchée. Une tâche qui se voit à peine. Une tache de vin au poignet. Il retrousse le bras de la chemise. Rien n’y paraît. Ses chaussures ne sont pas cirées. Cette fois, il a pensé à prendre avec lui un tube de cirage. « Brille sans frotter ». Il ne frotte pas mais les chaussures ne brillent pas. Il regarde l’heure.
06H23. Il l’entend tousser derrière la porte fermée de la chambre. Il hésite un peu. Il est sur le point de revenir vers elle. Un des deux petits commence à s’agiter. Le RER de 06H45 arrive bientôt. Il est prêt. Tout va bien. Costumé, grimmé, cravaté. Il sort de l’appartement chaussures à la main. Il descend les escaliers. Comme chaque fois, il s’assoie sur la première marche pour nouer ses lacets. Il regarde l’heure.
06H23. Sa montre s’est encore arrêtée. Il la défait. il la jette. Les bips des chiffres du digicode retentissent. La lourde porte d’entrée de l’immeuble s’ouvre. Un homme trappu entre dans le vestibule de l’immeuble. L’homme ramasse la montre.
« C’est à vous? »
« Oui »
« Waow, une Festina. Mais dites-donc elle retarde. C’est bien la peine de se payer une montre pareille… »
« Ce n’est pas moi, c’est ma femme : elle adore Virenque »
« Plaignez-vous mon gars, la mienne ne m’offre jamais rien »
« Elle vous plait ?»
« Ma femme ? »’
« Non, ma montre»
« Pour sûr, la montre de Virenque, vous pensez…»
« Alors je vous l’offre.»
« Vous êtes malade, c’est plusieurs mois de salaire une montre pareille. »
« Prenez-là si vous voulez, cela me fait plaisir. Et nous serons quitte si vous me donnez l’heure.»
« Je dirais dans les 07H00. Je travaille de nuit à Orly et j’arrive tous les matins par le train de 06H45. ».
L’homme regarde sa nouvelle montre. Il a les yeux qui brillent. Sans frotter.
21:30 Publié dans Elle | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

