25.03.2008

La cantinière

Aujourd’hui je fais une note brute. Sans fioriture. Pas de narration. Pas de suspens. Pas de double fond. Aujourd’hui je ne fais ni mon beau ni mon intéressant. Aujourd’hui je ne choisis pas un sujet qui viendra montrer mon moi à moi et moi et démontrer mon flamboyant. Aujourd’hui je passe à la trappe et elle à la casserole.

Elle.

Je vous préviens : elle n’est pas une ex.

Elle est une charpente. Elle est arcboutée sur ses deux pieds qu’elle dit cagneux, solidement ancrés dans la terre, même lorsqu’il pleut et qu’il y a de la boue partout. Elle n’aime pas ses pieds.

Je ne l’ai vue danser qu’une fois, elle pourtant qui danse tout le temps. On aurait dit qu’elle dansait comme elle baisait : elle dansait comme une salope en stroboscope. Mais ce n’est pas vrai. Elle ne baise pas comme cela. Je le sais parce qu’il parait que j’ai baisé avec elle autrefois. Elle qui ne parle jamais d’amour (ou alors un peu lorsqu’elle n’a aucune chance d’aimer) dit toujours « faire l’amour ».

Je me souviens de nos étreintes avec netteté sans en conserver de véritables souvenirs. Un peu comme si j’avais été le témoin des moments d'un autre. Il faut dire qu’elle étreint beaucoup et raconte beaucoup ses étreintes alors mes souvenirs d’elle et moi se mélangent avec ce qu’elle en dit. Il faut dire aussi qu’elle m’a conduit sur le chemin de la baise en me tirant par la queue. Avec elle, j’ai perdu mon pucelage. J’avais 35 ans. Pas le pucelage de mon adolescence, l’autre, celui qui colle à la queue comme une gangue poisseuse.

La semaine dernière j’ai dîné avec elle. Alors on m’a demandé « Je me demande pourquoi tu n’es pas avec elle ? ». Pourquoi ? Moi je sais pourquoi. Elle aussi, je crois. Mais je crois que cela ne vous regarde pas. Et cette question n’en est pas une.

Elle est belle. Et je t’emmerde, toi, mon ex-belle, belle pour toujours.

Elle ne fait pas de cinéma. C’est un morceau de la littérature.

Elle est allergique à la peine. Elle a donné.

Elle donne à l’homme ce qu’il peut recevoir. Elle va d’homme en homme. Elle se donne à l’homme mais n’y laisse rien. Elle est bonne sous l’homme. Elle est bonne avec les hommes. Elle et les hommes, ce n’est pas de la littérature.

Elle est une chienne. Elle mort, elle aboie, elle gueule. Elle est une chatte, elle miaule, elle griffe et elle ronronne.

Elle se tient debout. Même dans ces moments, ces moments qu’elle aime à raconter, accroupie en train de gerber de l’alcool à une heure avancée, elle se tient comme un seul homme. Debout.

Elle aime les mots. Elle aime les mots des hommes et les mots sur ses hommes. Elle parsème ses propos et ses écrits de mots qui l’abiment. Cela ne me désole plus, je m’y suis fait.

Elle est la petite fille. Celle que toute grand-mère rêverait d’avoir.

Elle n’est plus vraiment une cantinière mais elle a des rêves de soldats entre les cuisses et dans le crâne. Un soldat beau comme un joueur de football italien et fort comme deux turcs. Un soldat qui la soulèverait d’une main. Lui beuglerait qu’elle n’est qu’une pute dans un palace où les draps sont en soie. Lui murmurerait des mots jolis dans un bouge à partouze. Lui beuglerait en jouissant. Lui murmurerait en souriant. Un soldat avec la nuque d’un taureau. Le torse ample, la peau tannée et la queue drue. Un soldat les armes au sol qui lui ferait l’amour avec ses mots. Et un ou deux marmots.

Qu’est-ce que tu attends, soldat ?

16.02.2008

Rencontre de l'autre type

J’ai toujours aimé ces livres et ces films où l’on évoque le héros pendant de nombreuses scènes, où celui-ci est décrit par de multiples protagonistes et où il apparaît enfin.

 

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J’ai rencontré le « Patriarche » huit mois après le début de l’histoire. Huit mois pendant lesquels j’ai été entouré de sa présence omniprésente.

Dans le salon où pour la première fois j’ai embrassé la petite, une photo trainait sur la cheminée. Une photo en couleurs, une photo polaroïd un peu floue où on le voyait les yeux dans le vague au volant d’une voiture. Fixée au mur du salon, une autre photo - là il était central et souriant - et puis une autre en fond d’écran d’un ordinateur, entouré des siens – ici on ne voyait qu’une partie de son visage -. Dans la chambre de la petite, là où nous faisions l’amour, encore une photo de lui. Une photo en noir et blanc, où son visage dégageait tristesse et colère.

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L’homme semblait autoritaire et inspirer un respect intime et une infinie tendresse à qui le fréquentait ou le connaissait. Lorsque je croisais parfois les connaissances de la petite, la conversation dérivait immanquablement vers le « Patriarche ». Comme au cœur des tragédies familiales, l’homme cristallisait les regards, les craintes et les pensées. La môme lui parlait souvent devant moi au téléphone et j’entendais, sans distinguer les mots, sa voix à la fois virile et fragile ; leurs conversations semblaient un peu tendues parfois. L’homme, sans doute, n’entendait pas voir son autorité diminuer auprès de la petite à l’occasion de mon irruption dans leur famille. Dans la voix de la petite se mélangeaient amour et peur.

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Lors de notre premier voyage, le « Patriarche » était en garde à vue. Ma compagne était anxieuse si bien que dans l’aéroport, quelques minutes avant notre départ, je lui proposai d’annuler notre voyage. La môme n’avait pas accepté mais il lui en avait coûté. Elle était toute affectée, j’en suis certain, à l’idée d’abandonner cet homme dans l’adversité.

Lorsque j’ai aidé la petite a déménager ses affaires de l’appartement familial, j'ai trimballé de nombreuses conneries qui ne serviront plus jamais, et parmi elles, des affaires appartenaient au « Patriarche »… Une photo, une photo encore et encore, est apparue à la surface sur le siège avant de mon véhicule. Une photo du « Patriarche » endormi. Cette photo avait quelque chose de pénible, cette photo que la môme tenait tant à emporter. Je l’imaginai – et je l’imagine souvent encore - la môme, lorsqu’elle a pris le cliché. Nulle autre qu’elle avait pu prendre une telle photo, il y avait tellement d’amour dans cette photo, cette photo que la môme s’était empressée de dissimuler et que j’ai feint de ne pas voir.

C’était émouvant d’observer, ainsi à distance, cet homme, objet de toutes les attentions de cette fille dont j’aspirais à ce qu’elle devienne ma femme. Cet homme qui comptait tant pour elle et qui toujours compterait.

J’ai rencontré le « Patriarche » pour lui faire plaisir, à la môme. Le type n’était pas habitué à ce qu’elle lui refuse quoi que ce soit. Sans cela, je prenais le risque de provoquer l’une de ces colères telluriques dont la petite ne se remettrait pas. Enfin, au nom de sa position de père inquiet, je ne me sentais pas le droit de lui refuser un tel entretien. J’espérais, sans me faire beaucoup d’illusion, que quelque chose de positif ressortirait de cette rencontre. J’espérais que me rencontrer, cette confrontation avec le réel, l’arrêterait. C’est le contraire qui s’est produit. C’est moi qui suis arrêté à présent. L’homme bien que contenu a été agressif et vulgaire.

Je présente là la version officielle : ce que cet entretien m’a inspiré n’est pas descriptible.

« Maintenant tu es entré dans ma famille alors tu fais partie de ma famille mais fais gaffe à ma famille »

« Mes enfants sont toute ma vie alors je les vois tous les jours et je continuerai à les voir tous les jours »  

« Les trois-là, la môme et les petits, j’en suis fou amoureux alors tu ne sais pas où tu as mis les pieds »  

« On a dû te dire que je n’avais pas une capacité d’analyse très développée… alors s’il arrive quoi que ce soit à mes gamins… c’est pour ta gueule… je ne ferais pas de différence… je ne chercherai pas à comprendre…  s’il leur arrive quelque chose je t’éclate. »

 

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Il se tournait vers moi et il avait sur les lèvres une sorte de rictus, de sourire outré, un sourire de bouffon. Il est parti après avoir terminé les quelques phrases qu’il avait préparées. Il m'a fait penser à un type qui s’efforçait d’imiter le Parrain.. « Tou fais partie de ma famille… je vais te faire une offre que tu ne peux pas refuser… » ou bien à une petite frappe qui se la jouait Tony Montana. J'ai pensé aussi à Vincent Cassel dans La Haine qui répétait à l’infini les mêmes mots devant sa glace en mimant De Niro et en grimaçant…

Je vois encore son visage et son expression souriante, mauvaise et abrutie. De nombreuses questions m’ont agité ensuite : comment la môme avait-elle pu aimer ce type au regard vide et au sourire outré ? Vouloir et avoir des enfants de lui ? Qu’est-ce que j’ai de commun avec lui ? Comment aurais-je réagi si ce soir-là, j’avais fait la connaissance d’un homme à l’image de sa femme… bon, gentil, lucide, vif, fort, aimant, délicat, généreux, lumineux, paternel ?

Patriarche…

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24.01.2008

La jolie fille, le salaud, la fleur bleue et les bouches cousues

Le mec : « Tu as carrément déconné, l’autre soir, l’ami. »
L’ami :    « Ha ???? »

L’ami est un type iconoclaste et pas vraiment sage. Une sorte de bonhomme ni ange ni démon mais un peu des deux. L’ami-le-jour vit une gentille vie banlieusarde avec une maison et un jardin et une auto. L’ami-la-nuit est un libertin : il baise à couilles rabattues. Pendant ce temps-là, la femme de l’ami, qui ne connait qu'une face de la vie de son compagnon, continue la nuit le grand œuvre entrepris le jour. L’ami est l’ami du mec depuis toujours, jour et nuit. Le mec quant à lui ne comprend pas son ami. Le mec pense que son ami est un salaud. Le mec a l’air emmerdé de compter parmi ses amis un salaud. Le mec le dit régulièrement à son ami mais en l’occurrence ce n’est pas le sujet qui occupe l’esprit du mec au moment où il converse avec l’ami. Il faut dire que l’esprit du mec est carrément envahi par la jolie fille. A moins que ce ne soit son corps. Ou par son corps. Bref, le mec a rangé sa queue dans sa bandoulière. La bandoulière de la jolie fille.

Le mec : « Avais-tu besoin de parler d’Albertine devant la jolie fille ? »
L’ami    : « Hein ? »
Le mec : « Avais-tu besoin de lui dire que je m’éclatais au pieu avec Albertine ? »
L’ami   :  « Tu ne t’éclatais pas au pieu avec Albertine ? »
Le mec : « La question n’est pas là. »
L’ami    : « Alors je ne comprends pas. »

Le mec : « Ferme les yeux mon ami. Et imagine. La jolie fille me présente sa meilleure amie et sa meilleure amie me dit que la jolie fille adorait, quelques années auparavant, se faire défoncer le cul par la queue d’Albert, queue qu’il avait immensément grosse par ailleurs. Et large. Et drue.»
L’ami    : « Oui hé bien ? si c’est la vérité pourquoi ne pas le dire ? »
Le mec : « Je crois bien que je serais mort. »
L’ami    : « Toi tu es fleur-bleue. Et ce n’est sûrement pas le cas de la jolie fille. »

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Le mec ne répond pas. Il se demande comment son ami a pu dire de telles choses devant la jolie fille. D'autant que quelques minutes auparavant, l'ami avait déjà évoqué l'ex-femme du mec et de quelle façon le mec s'était occupé de son ex-femme quand tout baignait encore et que déjà ça n'avait rien à foutre là. En fait, le mec se demande "c'est quoi un ami ?".

L’ami    : « Bon ! tu viens samedi?»
Le mec : « Oui. »
L’ami    : « Avec la jolie fille ? »
Le mec : « Ben oui. »
L’ami    : « Formidable ! Ma femme est très curieuse de la rencontrer. »
Le mec : « Ha. »
L'ami    : « Surtout tu la briefes bien hein ? Motus et bouche cousue. »

07.04.2007

La belle et la bulle

Le type fredonnait Gainsbourg  : "La beauté cachée... delay... delay..."  No comic. No strip. No Home.
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Welcome. My home. Après 3 ans il était temps.
Deux boucles pendaient à ses oreilles comme des couilles de moineaux. Ca la faisait marrer.
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Enragez vous, qu'ils disaient...